Le Stress : délit du corps ou corps du délit ?

March 18, 2018

 

C’est comme si tout le monde n’avait plus que ce mot à la bouche.

 

Comme si enfin avait été découvert le responsable de tant de maux qui frappe un plus grand nombre d’individus chaque année.

 

Le « surmenage » d’antan a vite été remplacé par le STRESS, qui lui-même s’est décliné sur tous les aspects de la vie.

 

Si au départ c’est dans la vie professionnelle que le « surmenage » était reconnu comme une des conséquences du travail, la transformation rapide de la société au cours des dernières décennies (changements sociopolitiques dans le monde, renforcement de la mondialisation, mise en place d’un marché libre, progrès dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, accélération générale du rythme de vie, intensification du travail, contraintes de temps constantes, nécessité d’être polyvalent et d’acquérir de nouvelles connaissances, besoin de rester compétitifs...) a étendu le stress à la vie personnelle et globale de chacun.

 

D’autant plus, qu’il est de plus en plus difficile d’identifier le syndrome du stress, d’une part, par la banalisation du terme: tout le monde est stressé, d’autre part, par le fait que l’on définit sa cause par sa conséquence et sa conséquence par sa cause, par le fait que l’on ne puisse prédire ni le mode de décompensation ni son moment, et par le fait que le stress soit un phénomène subjectif, personnel, et difficilement objectivable dans un premier temps.

 

Et pourtant, concrètement, le stress à des conséquences sociales préoccupantes voire désastreuses.

 

Rien qu’au niveau professionnel, en 2014, en France, l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail, estimait que était à l’origine de 50 à 60 % de l’ensemble des journées de travail perdues, et chiffrait son coût total au travail entre 1,9 et 3 milliards d’EUR.

 

Une étude récente menée entre 2013 et 2017 auprès de 32 137 salariés travaillant dans 39 entreprises(1), donne une photographie intéressante de l’ampleur du stress. sont dans un état, non-plus de stress, mais d’Hyper-stress (Hyper du grec hypér, « au-dessus, au-delà »).

 

Un stress « au-delà » du stress.

 

Le système interne, réflexe originel de régulation, d’adaptation et de survie semble s’être emballé et échapper à tout contrôle.

Pourtant il existe bien des moyens pour retrouver une situation de stress positif permanent et salutaire.

 

Parce que le stress, contrairement à la croyance populaire, n'est pas une maladie.

Il est nécessaire.

 

C’est un allié à connaître.

 

Mais d’abord il est important de le comprendre.

 

 

Quand on parle de Stress, de quoi parle-t-on ?

           

Le mot « stress » vient du mot anglais éponyme « stress » qui signifie « tension, effort intense ».

 

Dans le Larousse Médical, le stress est défini comme « un état réactionnel de l’organisme soumis à une agression ». C’est-à-dire la capacité de notre corps à répondre sur le champ à une stimulation inattendue (courir pour échapper à un danger par exemple, ou être ému devant un heureux événement inattendu).

 

Le premier à avoir introduit le mot stress est le physiologiste Hans Selye en 1936.

 

Pendant qu’il complétait ses études médicales à l’université de Montréal, il avait remarqué que peu importait ce dont souffraient les patients, ils avaient quelque chose en commun. Des tensions, un air malade… 

 

Un état qu’il a appelé Stress et qu’il définit comme  un « Syndrome Général d’Adaptation » c’est-à-dire les réactions à courts et à longs termes de notre corps face à des situations agressives et agressantes: « Le  stress  est  la  réaction  de l’organisme  face  aux  modifications,  exigences,  contraintes  ou  menaces  de  son environnement, en vue de s’y adapter. »

 

Le  stress  est  un  syndrome  biologique  spécifique  en  réponse  à  des  agents  nocifs non spécifiques appelés « stresseurs »

 

 

A l’origine, une réaction naturelle et tout à fait saine du système nerveux autonome

 

Les travaux d’Hans Selye ont mis en évidence un mécanisme archaïque dépendant du cerveau reptilien (dans la mesure où, dans l’évolution de l’espèce, le mammifère humain que nous sommes a hérité de cette part du cerveau depuis que nous avons été reptiles).

Les recherches ont montrées que le système de mobilisation du stress n'ayant pas de référence temporelle, le stress généré maintenant est similaire à celui que nos lointains ancêtres ont pu ressentir en allant à la chasse au mammouth ou en survivant à un tigre à dents de sabre.

 

 

Ce mécanisme est un mécanisme d’adaptation nerveux, autonome et massif, destiné à assurer la survie face à un danger pouvant mettre en péril ladite survie. Il s’agit d’un mécanisme nerveux parce que c’est le cerveau qui le déclenche, autonome, parce qu’impossible à commander volontairement, et massif, parce que non modulable.

Ce système nerveux autonome (aussi appelé système nerveux végétatif) est constitué de deux parties, le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique, qui, ensemble, régulent tous les processus corporels se produisant automatiquement, tels que la circulation sanguine, la respiration, la digestion, le maintien de la température…

 

Ces deux systèmes ont des actions opposées.

 

Pour faire simple, le système sympathique prépare le corps à une activité musculaire intense correspondant archaïquement aux réflexes de Lutte ou de Fuite suite à un stimulus d'alerte ou de danger, en augmentant le rythme cardiaque, la tension, le rythme respiratoire, en irriguant les muscles…

A ce moment, l’organisme est prêt à faire face au danger et si son action est réussie et qu’il survit, c’est le système parasympathique qui entre alors en piste en déclenchant une contre réaction, une réponse de relaxation. Il induit un ralentissement général des fonctions de l'organisme: le cœur va se ralentir, la tension baisser, la respiration devenir plus calme et plus profonde, le sang va irriguer à nouveau la peau, les sphincters s’ouvrir (besoin urgent d’uriner), une excitation intense et/ou une érection est alors possible aussi…

 

Ce mécanisme nerveux est naturel, tout à fait sain, et ne met aucunement la santé en péril. Les réactions sont adaptées, normales et même si la situation a été « stressante » elle n’entraîne aucun traumatisme ou aucun processus pathologique.

 

Il y a quatre caractéristiques qui induisent une réaction de stress chez la majorité (voire la quasi-totalité) d’entre nous.

La source de stress diffère pour chaque individu, or pour chaque situation stressante il y a un ensemble d’éléments communs qui provoquent le stress et ce pour tout le monde.

 

C’est ce qu’on appelle le C.I.N.E.

 

 

Le contrôle : avoir très peu ou pas de contrôle sur une situation.

 

L’imprévisibilité : Quelque chose de complètement inattendu se produit, ou encore incapacité de savoir à l’avance ce qui va se produire.

 

La nouveauté : Quelque chose de nouveau et jamais expérimenté se produit.

 

 

Ego Menacé : Les compétences et l’Ego sont mis à l’épreuve. Les capacités sont remises en doute (souvent par soi-même).

 

Il est essentiel de comprendre que la perte du sens de l’un de ces facteurs, (Contrôle, Imprévisibilité, Nouveauté et Ego Menacé) provoque invariablement une réponse de stress et la sécrétion des hormones du stress, dont l’adrénaline et le cortisol, et ce quels que soient l’âge, le sexe, l’ethnicité, le revenu ou le niveau d’éducation.

 

En outre, les ingrédients du C.I.N.E. sont additifs. Plus il y a d’éléments du C.I.N.E. qui caractérisent une situation plus celle-ci est stressante.

 

Bien entendu, il existe plusieurs facteurs qui déterminent le fonctionnement de notre système de réponse au stress et la quantité d’hormones sécrétées.

 

Ces facteurs sont la génétique, les expériences dans l’enfance, la personnalité, l’environnement et le niveau de santé.

 

En plus du C.I.N.E, il existe trois stades de développement du stress :

 


Stade 1 : la réaction d'alarme : c’est le stade initial où l'organisme reconnaît l'agression et se prépare à agir (activation des systèmes nerveux et endocrinien, avec production de cortisol et adrénaline qui accélèrent les rythmes cardiaque et respiratoire, élèvent la glycémie, augmentent la sudation, dilatent les pupilles et ralentissent la digestion...)

 

 


Stade 2 : la résistance : l'organisme s'adapte à un « stresseur » persistant et régule les perturbations provoquées par la réaction d'alarme.

 

 

 

Stade 3 : l’épuisement : ce stade est atteint lorsque, en présence d'une agression ou d'une demande persistantes, l'organisme ne parvient plus à compenser la réaction d'alerte chronique. Une réaction de stress prolongée (chronique) affaiblit les réserves énergétiques de l'organisme et a des impacts négatifs sur les systèmes cardio-vasculaire (tension artérielle élevée par exemple) et immunitaire. Le stress peut ainsi conduire à diverses maladies et accélère certains aspects du vieillissement.

 

Stress aigu, chronique, syndrome d’inhibition et blindage

 

Il y a deux types de stress : le stress aigu et le stress chronique (voire pathologique).

Le apparaît lorsque, dans une situation donnée, il est impossible à l’organisme de s’y adapter, et qu’une réaction physiologique ou psychologique adéquate n’existe plus.

 

Le stress aigu est momentané, éphémère, et survient naturellement. Il joue un rôle positif en améliorant les capacités de d'adaptation à l'agression, à la situation (comme le trac des acteurs, par exemple...). Ses signaux de manifestation sont multiples, par exemple, les mains, les aisselles, les pieds voire le corps tout entier, sont moites, le cœur bat la chamade, la respiration est différente, les jambes ou mains tremblent ou bougent vite, un regain d'énergie est ressenti, l’impression de ne plus se souvenir de rien, les poings se serrent, la mâchoire se contracte, les pieds se tordent dans les chaussures, le dos et les épaules se tendent...

 

 

Le stress chronique, lui, apparaît dans des situations répétitives caractérisées, où l’individu

ne peut ni fuir, ni attaquer et qui va entraîner un syndrome d’inhibition.

        

Du point de vue psychologique, la réaction de stress est étroitement liée aux mécanismes d’anticipation.

        

D’une manière générale, trois issues sont possibles à l’anticipation d’une action: la réussite, l’échec ou l’incertitude.

 

Quand c’est la réussite qui est anticipée : tout va très bien.

 

Quand c’est l’échec, qui est anticipé, cela va stimuler des sentiments de colère ou de dépression.

 

Quand l’anticipation aboutit à l’incertitude, cela provoque de l’anxiété.

 

Des trois issues, la plus pénible à supporter est l’incertitude.

        

Chacun va donc tout faire pour diminuer le degré d’incertitude de l’action.

 

Cette modulation du degré d’incertitude dépend notamment de l’humeur de départ (Etre triste fait plus penser à l’échec), des capacités d’analyse cognitive de la situation (par exemple ne pas généraliser à partir d’un événement isolé), de l’expérience (la confiance est supérieure si la situation a déjà été affrontée plusieurs fois avec succès), des compétences ou des capacités personnelles.

 

Il peut cependant arriver que malgré tous les efforts, le degré d’incertitude ne soit pas suffisamment réduit. Cela provoque de l’angoisse. Or non seulement l’angoisse est un sentiment pénible à supporter mais elle est paralysante. Et dans certaines circonstances être paralysé est la manière la plus sûre d’échouer.

 

La réaction d’adaptation naturelle devient alors pathologique lorsqu’elle ne permet pas de réduire suffisamment le degré d’incertitude.

        

Dans ce cas, peu à peu va émerger un sentiment d’impuissance qui va amener à développer un syndrome d’inhibition et de stress.

 

Lorsque ce genre de situation se répète, les boucles de renforcement vont imprimer dans la mémoire les échecs et conforter l’individu dans l’inanité (l’inutilité, le vide) de ses réponses. Il va alors, peu à peu entrer dans le syndrome d’inhibition (Expérience de la cage d’inhibition d’Henri Laborit (1914-1995) (5)).

 

Et pour ce faire il va utiliser un processus d’anesthésie mentale : anesthésie des sensations, des émotions voire même des pensées automatiques ou mentales.

 

On ne pense plus rien, on ne sent plus rien, le corps se tait.

 

C’est un gel des processus automatiques internes (intrapsychiques), appelé « Freeze » par les anglais.

 

Et plus il y a répétition de situations stressantes déclencheur d’inhibition, plus l’individu entrera dans un processus de stress pathogène, néfaste pour lui.

 

Si devant une situation pénible, s’endurcir un peu est une réaction adéquate, la répétition de ce mécanisme va aboutir au blindage.

 

Le blindage des sensations d’abord.  Le cerveau ne perçoit plus les signes d’alarme du corps, les tensions musculaires ne sont plus ressenties, les brûlures à l’estomac sont banalisées, les brusques pressions de la tête sont considérées comme les aléas de la vie et ce parfois jusqu’à l’ulcère de l’estomac perforé, l’hémorragie cérébrale, l’accident de voiture…  L’anesthésie des sensations envahit aussi, peu à peu, les sensations positives comme le désir et la libido, le ressenti des odeurs et du toucher, la jouissance.

 

Le blindage des émotions.  Plus de colères, ou moins de colères, ou des colères à peine contenues.  Plus d’angoisses ou des angoisses supportables. La capacité de supporter le dégoût que l’on a de soi-même. Des moments de blues au lieu de la dépression. Et aussi, l’épuisement progressif des sensations de joie, de bonheur, comme si la source de la vie se tarissait. Et peu à peu l’être rentre dans un ‘no-mans-land’ où plus rien ne fait vraiment mal, mais plus rien ne fait vraiment plaisir.

 

Le blindage de la pensée. Ne plus penser, ne plus réfléchir.  Continuer, continuer, à tout prix, comme un train fou qui répète : « Il faut, il faut, il faut… »  Même si l’on sait que les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables.

 

Le blindage des ambitions. A force d’être réaliste, à chaque épreuve on diminue ses aspirations d’un cran.  Et de cran en cran, on finit par attendre de soi moins que ce que l’on est capable de réaliser.

 

Le blindage vis-à-vis des autres, Au point de les considérer comme des objets, des pions.  La femme devient le maître du logis, excellente certes, mais une technicienne de surface utile au confort, les collègues des tremplins de carrière, et pourquoi ne pas prendre un amant ou une amante à qui l’on fait des promesses en l’air du moment qu’il/elle soit un bon coup.  Et s’il n’y a pas d’amant(e), la bouteille d’alcool ou la drogue festive sociale peuvent sembler des échappatoires respectables.

 

Les conséquences désastreuses du stress chronique

 

Une précision d’abord : le stress chronique devient pathologique lorsqu’un individu ressent un état de tension persistant vécu négativement, lorsqu’il ou elle est (ou se sent) incapable de répondre adéquatement à la tâche qui lui est assignée, lorsque le fait de ne pas répondre adéquatement peut avoir des conséquences significatives, et lorsque l’on observe que cette inaptitude entraîne des conséquences physiologiques, psychologiques, sociales objectivables.

 

Il est important de noter, comme le rappelle le Docteur Philippe Corten, fondateur de la Clinique du Stress au Centre Hospitalier Universitaire Brugmann à Bruxelles que « le stress pathologique est l’une des rares maladies mentales à être mortelle en soi » (3).

 

Les conséquences du stress chronique sont à la fois physiologiques et psychologiques.

 

D’un point de vue physiologique, les signes observés s’apparentent parfois aux signes de l’anxiété et de la dépression : épisodes de palpitations (tachycardie), crises d’hyperventilation, crises de sudation anormalement abondante sans aucun danger, attaques de panique, diarrhées intermittentes, malaises « vagales » (perte très brutale de connaissance avec des conséquences confusionnelles parfois majeures, réveil à 4 ou 5 heures du matin au point de ne plus savoir se rendormir, crampes nocturnes et bruxisme (grincement des dents), tensions de la mâchoire et de la nuque avec son cortège de céphalées, fatigue chronique persistante, coups de pompe au point de s’endormir littéralement sur place, douleurs et/ou brûlures d’estomac, augmentation (ou baisse) de la libido avec répétition d’«accidents» lors des rapports (éjaculation rapide, éjaculation sans jouissance, baisse de rigidité, absence répétitive d’orgasme chez une femme…), irritabilité constante, douleurs dans le dos (en avoir plein le dos), migraines, échec, dérégulation de l’alimentation (perte d'appétit ou boulimie), amaigrissement en absence de régime, isolement des autres, procrastination, refus de responsabilités, addictions, tics et comportements nerveux…

 

D’un point de vue psychologique, la souffrance va peu à peu s’étendre à toute la sphère psychique et déteindre sur tous les domaines de vie. Qu’ils soient cognitifs (troubles de la mémoire, troubles de la concentration, perturbation du jugement, pensées pessimistes, rumination, soucis persistants…), émotionnels (troubles de l’humeur, agitation, difficulté à se relaxer, sentiment d’être débordé, sentiment de solitude et d’isolation, dépression et sentiments de malheur…) les effets du stress chronique s’exportent au travail, dans la vie familiale (en étant irritable avec ses enfants et/ou en prenant sa partenaire comme paratonnerre…). L’angoisse peut surgir brutalement sous forme d’attaques de panique ou de crises d’hyperventilation, en conduisant sur le chemin du travail ou de la maison, dans des espaces publics bondés (supermarchés). Des phobies s’installent. Les nuits déjà courtes sont envahies de cauchemars. Et surtout ce qui faisait plaisir précédemment ne procure plus la même satisfaction, voire laisse totalement indifférent. Les activités sportives apparaissent comme des contraintes, les repas avec les amis ternes et sans joie, la libido s’amenuise

 

Et cela peut durer très longtemps.

 

Ainsi petit à petit le stressé glisse vers le « Burnout », la dépression ou l’anxiété généralisée. Et au bout du compte, l’organisme craque de façon brutale : ulcère perforé, infarctus, hémorragie cérébrale, accident de voiture, suicide, hospitalisation psychiatrique…!

 

Et nul ne peut prédire le type de décompensation, ni quand cela adviendra !

 

 

Le corps s’exprime quand la tête ne le fait pas

 

 

Pour résumer, du point de vue de la biologique, le stress est donc une « tension » créée par un système archaïque dépendant du cerveau reptilien. Et biologiquement, le système du stress permet au corps de maintenir une « juste tension », nécessaire à l’équilibre global de l’individu. C’est le principe de la corde de guitare ou de piano, qui à la juste tension, produit des harmoniques. Une tension trop faible ou trop forte et la corde est dysharmonique. Dans le corps, c’est la même chose. Trop de tension et c’est le stress tel qu’il est appréhendé actuellement ; pas assez de tension et c’est le relâchement jusqu’à la dépression.

 

En fait, tout se joue entre la perception d’une sollicitation et la perception de sa propre capacité à y faire face. Dans l’équilibre entre la façon dont une situation est envisagée et la façon dont l’individu pense réagir, il y n’a aucun signe de stress. C’est lorsqu’il y a un déséquilibre, et afin de préserver son intégrité, que le système de régulation de la tension interne déclenche son mode de réaction de défense: envoyer des décharges d’énergies instantanées et momentanées en cas de besoin (sous forme d’hormones) : c’est le stress aigu. Lorsque ce système est sollicité de manière récurrente, anarchique ou constante : c’est le stress chronique ou pathologique aux effets néfastes et très concrets.

 

Le dérèglement interne a des conséquences externes et le retour à l’équilibre passe par la compréhension, la prise en compte psychosomatique (« Se dit d’un trouble organique ou fonctionnel d’origine psychique » - Larousse) du stress pathologique.

 

Du point de vue de la psychologie, la réponse émotionnelle d’un individu est fortement liée à l’évaluation que fait celui-ci de la situation à laquelle il est confronté. Cela amène une nouvelle conception du stress. Le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman, proposé en 1984 et dépassant le modèle un peu trop linéaire de type « stimulus-réponse » de Hans Selye, a commencé à mettre en évidence l’importance des perceptions, autrement dit des processus cognitifs, dans la survenue de l’état de stress. Ces auteurs postulent que ce ne sont pas les événements eux-mêmes qui déterminent l’apparition d’un état de stress (avec ses conséquences négatives sur la santé physique et mentale des individus). Ce qui est déterminant, ce sont les perceptions et le vécu de ces événements. Ainsi, ils définissent le stress comme étant « une relation entre la personne et son environnement, qui est évaluée par la personne comme tarissant ou excédant ses ressources et menaçant son bien-être ».

Les réactions d’un individu face à une situation stressante sont le fruit de l’interaction entre les caractéristiques de la situation et les caractéristiques propres de l’individu. Chacun évalue les sollicitations de son environnement par rapport à ses propres ressources ou ses propres attentes. Suite à cela, chacun va adopter des stratégies d’adaptation pour tolérer ou maîtriser les situations stressantes. Ce sont des stratégies de « coping » (2), définies comme « les efforts cognitifs et comportementaux pour maîtriser, réduire ou tolérer les exigences internes et/ou externes créées par la transaction stressante. ». Le processus de coping passe donc aussi bien par l’action (efforts comportementaux) que par un processus de pensée (efforts cognitifs).

 

Il y a trois types de stratégie de coping : la stratégie « active », centrée sur la résolution du problème correspond à des efforts en vue d’éliminer ou de circonvenir les sources de stress. Les individus essaient de modifier la situation elle-même (mieux organiser le temps à disposition, définir ou dégager des priorités, négocier des délais, demander de l’aide...) ; la stratégie « passive », centrée sur les émotions, correspond à des efforts en vue de réduire ou d’éliminer les émotions engendrées par la situation. L’action n’est pas directement sur ce qui pose problème mais directement focalisée sur la diminution de la tension émotionnelle (Comme après s’être mis en colère, se dire que cela ne se reproduira plus jamais, se reprocher de s’être mis dans une telle situation ou d’être trop sensible face à la situation...) ; L’évitement, troisième stratégie de coping, fait également partie du coping passif de gestion du stress à disposition de l’individu. a été identifié très tôt comme un mode de réponse au stress chez l’animal, à côté de l’attaque : la fuite.

Le stress ne dépend donc plus seulement des contraintes extérieures, mais il est médiatisé par des problèmes émotionnels, sociaux et cognitifs. Le stress dépend de la façon de faire face à la situation, autrement dit il dépend du coping possible et mis en place.

 

Du point de vue de la PNL, le stress est une nominalisation (c’est-à-dire un « jugement conscient de l’expérience », quelque chose qui ne tient pas dans une brouette), un mot qui cache un processus, celui d’une réaction d’adaptation du corps aux événements de l’environnement. La PNL va se focaliser sur le ou les événements qui déclenchent le stress, ou «facteur(s) de stress», aussi appelés «stresseur(s)», qui sont multiples et spécifiques à chaque personne. Ce qui stresse une personne peut aussi être un défi stimulant pour une autre. Identifier un facteur de stress permet d’exercer une influence sur ce dernier. Le stress a deux facettes : le stress positif et le stress négatif ou pathogène. Il est donc intéressant de considérer le stress négatif comme la conséquence du manque (ou de la non-conscience) d’une ressource spécifique à chaque individu. Il est en quelque sorte, et sera traité comme tel, un feedback utile pour faire des ajustements et rétablir l’équilibre. La PNL considère que tout comportement est animé par une « intention positive », en ce sens que l’inconscient d’une personne la conduit à faire le meilleur choix parmi ceux qui lui sont possibles à un moment donné dans un contexte donné. Il est donc impossible de changer ce choix sans s'occuper d’abord de cette intention. Le comportement n’est qu’un symptôme alors que l'intention positive en est une cause plus profonde. 

 

Du point de vue de l’Hypnose, le stress est également une nominalisation (référentiel commun avec la PNL). L’Hypnose, à l’instar de la PNL, fait une distinction entre la symptomatologie du stress (les somatisations physiques et psychologique) et son origine.

Il existe deux «  » d’Hypnose : l’hypnose (qui comprend l’hypnose classique, l’hypnose Ericksonienne et la Nouvelle hypnose), et l’hypnose (l’hypnose Humaniste).

 

Pour simplifier : en hypnose dissociante, le conscient et l’inconscient sont dissociés. Un principe de communication spécifique (avec un langage précis et non-spécifique) qui agit « sur » l’Inconscient, en stimule le fonctionnement et fait basculer la personne dans un état d’inconscience. C’est une approche individuelle et matérialiste dont les inductions dissociantes créent des Etats Modifiés de Conscience pour réparer ce qui est cassé (grâce à la dichotomie amplifiée conscient / inconscient) en agissant par l’intermédiaire de l’inconscient, sur le comportement originel du symptôme.

« L’Hypnose est une technique de communication grâce à laquelle se rend disponible le vaste magasin des apprentissages acquis et dont la particularité réside dans le fait qu’ils sont des réponses automatiques », expliquait Milton Erickson. « Si un individu peut apprendre quelque chose d’aussi sophistiqué que qu’une phobie, une peur ou une compulsion, il peut apprendre à employer les mêmes capacités pour faire les choses différemment dans les mêmes situations ». L’hypnose dissociante est centrée sur le « comportement » à modifier (dans la strate de l’inconscient).

 

En hypnose associante, le conscient et l’inconscient sont associés dans « Etat de Conscience Augmentée » (surconscience) propice au changement. Le niveau d’intervention prend en compte l’individu et le système dans lequel il vit, donc « lui et plus que lui ». Une particularité permettant d’amener chacun à sa Conscience majuscule afin de traiter l’Inconscient sans perte de conscience. C’est une approche « trans-personnelle », car elle dépasse et transcende l’individualité. « Une personne en état de conscience augmentée, éveillée à ses processus profonds, pleinement présente, au contact de ses ressentis et émotions, pleinement « incarnée », les sens en éveil, est capable d’agir sur les différentes strates d’elle-même, de ses archétypes profondes aux niveaux élevés de sa Conscience », explique Olivier Lockert (co-fondateur de l’hypnose Humaniste) (4) .

 

Du point de vue des Hypnoses, donc, le stress chronique sera considéré d’une part, comme un « comportement » généré par l’inconscient et donc modifiable par l’inconscient lui-même, et d’autre part comme la résultante d’un ensemble de processus profonds, sous forme de symboles ou archétypes, transformables par la personne elle-même.

 

L’une des conséquences de la transformation rapide de la société actuelle est la nécessité qu’a la majeure partie des individus la constituant, de s’identifier à des modèles extérieurs uniformisés. La persona sociale devient un modèle, une référence externe de condition sociale, d’acceptation de soi-même à travers le miroir qu’est l’autre. L’autre, l’autre soi-même, le reflet intime et distordu du conscient soumis aux jugements sociétaux, et apaisé par les similitudes artificielles sociales extérieures. Cette focalisation est une non prise compte de la particularité unique de chacun. « Il est probable que plus une personne s'identifie à la partie consciente d'elle-même, moins elle utilise les ressources et potentialités de son Etre Global. Il semblerait que cette faiblesse de communication puisse entrainer un terrain plus favorable à l'apparition de troubles d'ordre psychosomatique: le corps s'exprime quand la tête ne le fait pas » - Olivier Lockert.

 

 

Des solutions, pour qui ? Pour quoi ?

 

Qu’elle que soit la solution appliquée en matière de stress, elle ne peut être envisagée que de manière unique et particulière, qu’après une et une reconnaissance des paramètres systémiques et personnels de chacun. En aucun cas, il s’agit d’appliquer des méthodes « toutes faites » (ou tirées de scriptes), ou encore de traiter le symptôme sans en déterminer la ou les causes. Trop souvent, de nombreuses pratiques de « gestion du stress » se contentent de couper l’alarme sans se préoccuper de l’incendie.

 

Toutefois il est possible de distinguer deux types d’interventions inhérentes aux deux types de stress : les interventions sur des comportements relatifs au stress aigu en situation(s) spécifique(s), et les interventions sur des pathologies relatives au stress chronique.

 

Dans le premier cas, des pistes simples peuvent être évaluées comme des chemins possibles et appliquées en quelques séances de coaching ou de thérapie.

Dans le second cas, le traitement est plus long, psycho-thérapeutique et médical, et demande parfois, quand la situation personnelle physique et psychologique l’exige (lorsque la personne est en train ou a atteint ses limites) de mettre la personne en incapacité de travail temporaire de longue durée (jusqu’à 4 à 6 mois). Souvenons-nous que les conséquences d’un stress chronique pathologique peuvent être gravissimes voire pour les cas les plus extrêmes, fatales.

 

C’est dans le monde professionnel que le Stress à un impact médiatisé parce que ses conséquences sont socialement et économiquement directes. Dirigeants et employés sont soumis au même système archaïque naturel d’adaptation, réactionnel à l’environnement. Evidemment, les manifestations du stress sont différentes (irritabilité,difficultés de concentration baisse de rendement, problèmes relationnels, phobies et angoisses, dégradation du climat social… pour les uns, absentéisme,démotivation,désinvestissement, maladies (TMS), dégradation du climat social… pour les autres). Néanmoins, se sont tous des hommes et des femmes, qui transfèrent leurs stress à toutes les strates de leurs vies. Il semble que la nature préhistorique naturelle du stress, en fasse l’une des composantes de l’évolution Humaine. C’est comme si cette intensification des conséquences sociales globales du stress est un signal d’alarme. Imaginons que tous les stress de tout le Monde crient d’une seule et même voix. Imaginons qu’il soit là pour nous guider sur le chemin de l’évolution. Probablement lorsque nous aurons fait silence en nous. La voix du Silence… Le grand paradoxe de la vie et du besoin primordial et fondamental de l’essor notre espèce : la communication et l’intersubjectivité. Comme ces mots qui résonnent à travers le temps dans leur empreinte de pierre sur le temple de Delphes :

 

« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les Dieux »

 

 

* Les images utilisées dans cet article le sont uniquement à titre d'illustration.

 

(1) Une étude du cabinet Stimulus (http://www.stimulus-conseil.com/) menée entre 2013 et 2017 auprès de 32 137 salariés travaillant dans 39 entreprises.

 

(2) "COPING ET STRATÉGIES D’AJUSTEMENT FACE AU STRESS" Marilou BRUCHON-SCHWEITZER - Professeur de Psychologie - Université Victor Segalen Bordeaux 2

 

(3) Stress et stress pathologique - Psychopathologie du travail - Philippe Corten professeur de psychopathologie du travail à l’Université Libre de Bruxelles et fondateur de la Clinique du Stress au Centre Hospitalier Universitaire Brugmann à Bruxelles.

 

(4) Olivier Lockert - « HYPNOSE – Evolution Humaine – Qualité de vie – Santé » - « HYPNOSE HUMANISTE – Voie de Guérison et d’Eveil » – www.IFHE.net.

 

(5) Expérience de la cage d’inhibition d’Henri Laborit (1914-1995)

Dans une première expérience, un rat a été mis dans une cage expérimentale. Cette cage était munie de deux compartiments où l’animal pouvait circuler de l’un à l’autre. Les deux compartiments avaient le sol muni d’un treillis pouvant être électrifié. Après quelques minutes d’habituation, un courant électrique était déchargé du côté de la cage où se trouvait l’animal.Instinctivement il se mettait à l’abri dans l’autre compartiment.Quelques minutes plus tard, la même expérience était répétée, l’animal retournait dans le premier compartiment et ainsi de suite pendant une heure d’affilée tous les jours pendant un mois.Au bout du mois, un animal soumis à une telle épreuve est en bonne santé : son poil est lisse, il ne fait pas d’hypertension, il ne fait pas d’ulcère.

 

Dans une deuxième expérience, deux rats sont mis dans une cage expérimentale pouvant être électrifiée. Cette fois-ci il n’y a plus qu’un seul compartiment et les rats ne pourront se mettre à l’abri pour éviter la décharge.Après quelques minutes d’habituation, une décharge est lancée dans le treillis.Immédiatement, les deux rats se mettent à se battre entre eux. Quelques minutes plus tard, la même expérience est répétée, les rats se remettent à se battre et ainsi de suite pendant une heure d’affilée tous les jours pendant un mois.Au bout du mois, les animaux soumis à une telle épreuve sont en bonne santé : leur poil est lisse, ils ne font pas d’hypertension, ils ne font pas d’ulcère. On notera que se battre est d’une absolue inutilité pour éviter la décharge, mais cela permet d’agir et Laborit conclut que tant que l’on peut fuir ou attaquer, l’on reste en bonne santé, si fréquemment que soit répétée l’expérience. De même dans l’hygiène de vie face au stress, il est important de bien connaître son type de décharge psychomotrice. Certains plus que d’autres ont besoin d’éprouver régulièrement des stimulations et des décharges motrices ou sensorielles puissantes pour ressentir la détente, l’idéal physiologique n’étant jamais un état de stimulation nulle.

 

Dans une troisième expérience, il n’y a plus deux rats dans une cage. Il est seul, mais il n’y a plus de porte pour fuir.Après quelques minutes d’habituation il reçoit sa première décharge.Sa première réaction est de fuir, mais cela ne sertà rien. Très rapidement il comprend que toute fuite est inutile, il va développer un SYNDROME D’INHIBITION, il va rester inerte, apathique face aux décharges.Cette réaction semble réaliste, mais lorsque il reçoit une décharge toutes les minutes pendant une heure, tous les jours de la semaine pendant un mois, au bout du mois, ce rat fait de l’hypertension, son poil est terne, il a des ulcères gastriques.

 

 

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